Ce mot fait très peur, surtout lorsqu'on lui accole le préfixe "ultra" ; ce qui soit dit en passant ne veut rien dire et relève de la propagande syntaxique et grammaticale. Un "ultra" n'est-il pas un fan de club de foot porté sur la bière et la violence dans l'inconscient collectif footballistique (foot - balistique même) ?
Je ne parlerai donc pas ici d'ultralibéralisme si cher au facteur de Neuilly-sur-Seine et à Lolo "les bons tuyaux" Fabius. Non simplement de libéralisme.
On apprend cela à l'école du barreau en cours de liberté publique : le fondement du libéralisme, c'est la "Liberté". Liberté de tout faire en quelque sorte, sous réserve de la loi.
Il existe ainsi trois degrés dans l'exercice d'une liberté publique (pris au sens constitutionnel du terme) : l'autorisation préalable, la notification, la liberté.
Prenons comme exemple le droit de manifester (ce post servira ainsi aux plus virulents opposants à notre nouveau Président) :
- Dans le premier cas, une manifestation peut être soumise à autorisation préfectorale. Si le préfet refuse de donner ladite autorisation, la manifestation ne peut avoir lieu ;
- Dans le second cas, les organisateur de la manifestation doivent seulement informer la préfecture que la manifestation va avoir lieu. Le préfet peut alors l'interdire (éventuellement sous réserve de recours pour excès de pouvoir devant le juge administratif), l'encadrer par des forces de police, ne rien faire… en somme faire son travail et assurer la sécurité publique suivant la sensibilité de l'évènement ;
- Dans le troisième cas, libéral cette fois, la manifestation est totalement libre. Si un groupe veut manifester, il n'a ma foi comme seul condition préalable que de passer chez Castorama acheter de la peinture pour ses banderoles, de louer une camionnette et des mégaphones chez Kiloutou et de faire chauffer les merguez.
L'exercice de la liberté de manifester en France est soumis dans la très grande majorité des cas soit à autorisation, soit à notification.
Cette analyse peut porter sur l'exercice de n'importe quelle liberté publique. L'idée du libéralisme, c'est de dire au gens : "vous faites ce que vous voulez et moi, État français, je fais des lois. Si vous ne respecter pas la loi dans l'exercice de vos libertés, vous risquez une sanction (civile ou) pénale". Un système libéral est donc nécessairement "sécuritaire" pour reprendre (notamment) la dialectique d'extrême gauche. Dans le cas contraire, il n'y aurait aucun garant de la paix sociale et l'état n'existerait plus. On tomberait alors dans un système "libertaire", subtile nuance.
Le libéralisme, ce n'est donc pas qu'un vague concept qui ne s'appliquerait qu'à l'économie de marché, c'est une vision très réductrice. Et n'importe quel livre de liberté publique vous le dira, le libéralisme est le système qui garanti le mieux l'exercice des libertés publiques.
Quant à dire si un tel système est souhaitable et efficace, il y a un pas que je ne franchirai pas car il nécessite une analyse au cas par cas. Certaines libertés, comme la liberté d'expression, ne peuvent vivre en dehors d'une approche libérale, d'autres nécessitent une approche plus encadrée.
Par contre, il y a un pas que je vais franchir.
En lisant les déclarations d'Olivier Besancenot, mais il n'est pas le seul, je m'interroge sur le fond d'un discours qui appellent les forces "sociales et démocratiques" (vous avez bien lu, il a dit démocratique) à lutter contre un système garant de l'exercice des libertés publiques, i.e. "ultra libéral et sécuritaire". Est-ce étonnant ? Oui et non. Il est étonnant de lire dans un tel discours la présence du mot "démocratique". En effet, je pensais naïvement que la démocratie se passait principalement autour d'une urne. Ce n'est pas parce que le résultat ne plaît pas qu'il faut le dénoncer comme fascisant. Quant au fond de ce discours, on ne peut pas vraiment en être surpris de la part d'un représentant de parti prônant une révolution dont l'issue serait un régime anti-libéral, et donc par définition liberticide : à savoir une "République Démocratique française".
Devant un tel programme, je ne peux que reprendre ce fameux leitmotiv (tiens, j'utilise un mot russe, quelle coïncidence !) souvent entendu récemment dans la bouche des amateurs de défaite démocratique, "cela nous renvoie à de tristes heures de notre histoire". Comme je l'ai dit dans mon post précédent, la précision dans le discours est une clé essentielle pour structurer une argumentation et avec une phrase aussi floue et lourde de sens pourtant, on sait bien où on va : nulle part, mais tout de même un peu en arrière et à l'est.
Enfin, si je dis ça, c'est juste au cas où vous me chercheriez...
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5 commentaires:
Ouais, j'espère que la politique de notre nouveau président ne se résumera pas, sous prétexte de "libéralisme", à dire aux gens "chacun pour sa gueule" et qu'il n'oubliera pas dans sa politique les mots "fraternité" et "égalité" qui sont tout aussi importants que le mot liberté... affaire à suivre!
Je n'ai qu'une seule chose à ajouter à part le fait que je sois contente, Merci DSK d'avoir tout haut ce que je pensais tout bas.
Hier soir, Mamére a parlé du risque d'instauration "d'un libéralisme autoritaire", j'avais cru ces deux mots antimoniques, d'aprés l'article, cela ne le serait donc pas tant que cela.......
Il ne faut pas confondre "autorité" et "autoritaire" ; pas plus que "liberté" et "libertaire" mon ami...
j'ai eu avec grand intérêt ton texte et je suis assez d'accord avec toi
continue à écrire sur d'autres sujets,ça m'intérresse beaucoup
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