mercredi 23 mai 2007

Des camps de réfugiés palestiniens dans le monde

Lisons entre les lignes d'un article du Monde parut ce jour et relatif à un corridor humanitaire pour évacuer un camp de réfugiés dans le Nord du Liban. En voici les deux premiers paragraphes.

"Au troisième jour du conflit armé qui oppose l'armée libanaise aux miliciens du groupe Fatah Al-Islam dans la région du camp de réfugiés palestiniens de Nahr Al-Bared, au Liban-nord, une trêve de quelques heures, à partir du milieu de l'après-midi, a ouvert une soupape pour la population civile.

Des centaines d'habitants ont pris la route pour des destinations plus calmes. La Croix-Rouge et l'Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) ont acheminé des vivres et des médicaments à l'intérieur du camp et ont évacué des malades et des blessés. Une première tentative de pause, quelques heures plus tôt, avait fait long feu, en raison de tirs dirigés contre les véhicules des secouristes."

(pour l'article complet: http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3218,36-913739@51-912531,0.html)

Je ne vais pas m'attacher à décrire le drame humain qui se cache derrière ces lignes, je renvoie les amateurs de pathos à la suite de l'article en question (et à tant d'autres sur ce sujet que l'on aime tant à qualifier de "sensible"). Non, j'ai décidé de me faire de nouveaux amis aujourd'hui, comme vous pourrez le constater par la suite.

Il y a en effet des informations fascinantes dans cet article qui passent pourtant relativement inaperçues. Que fait un camps de réfugié palestinien au Liban qui plus est géré par des organismes internationaux ?

Considérant que l'État d'Israël existe depuis une soixantaine d'années ; et que la guerre de 67 à la suite de laquelle on parle de "Territoires Occupés" s'est déroulée il y a 40 ans (admirez au passage le champs lexical très riches pour aborder le problème du "Proche Orient" chaque mot ayant son parti pris et son équivalent dans l'autre camp) ; on peut donc, au bas mot, faire remonter "l'exode" palestinien à près de 40 ans au minimum.

Que s'est-il passé pendant cette période ?

Rien du tout. Enfin si, je suis injuste, l'ONU a créé une agence dédiée à la "question" des réfugiés palestiniens (http://www.un.org/unrwa/refugees/images/map.jpg), mais sinon, strictement rien.

Pendant tout ce temps, les minorités palestiniennes n'ont pas été accueillies par leurs "Frères Musulmans" (je laisse l'ambiguïté sur ce terme par pur plaisir intellectuel, ceux qui comprendront le jeu de mot voudront bien me pardonner, d'autant qu'il n'existe aucun camp de réfugiés palestiniens à ce jour en Égypte). Ces populations ont plutôt été parquées dans des camps situés dans des pays supposé amis, à savoir :

- au Liban : 12 camps et 200.000 personnes/réfugiés (à rapporter à une population libanaise de moins de 4.000.000 d'habitants, cela signifie que l'équivalent de 5% de la population intra frontalière du Liban vit dans ces camps) ;

- en Syrie : 10 camps et 110.000 personnes/réfugiés (population Syrienne de 20,000,000) ;

- en Jordanie : 10 camps et 270.000 personnes/réfugiés (à rapporter à une population jordanienne d'un peu plus de 5.000.000 d'habitants, sans commentaire).

Je ne m'intéresse ici qu'aux seuls camps de réfugiés en dehors des "Territoires Occupés" (qui au passage ne le sont plus tant que ça) vous l'aurez compris.

Et bien ces données publiques et de source ONU me laissent un peu songeur. Comment se fait-il qu'en 40 ans (au bas mot), les populations civiles palestiniennes soient toujours dans une telle précarité humanitaire ?

A cela deux raisons, une officielle et l'autre que l'on qualifiera prosaïquement d'officieuse.

(i) Tout d'abord, si on intègre la population de la diaspora palestinienne dans les pays qui l'accueillent, on entérine une situation que certains refusent, à savoir la disparition définitive d'un état Palestinien (qui n'a par ailleurs jamais existé autrement que sous un protectorat anglais, il conviendrait plutôt de parler ici de "Territoire Palestinien") au profit de la création de l'État d'Israël.

Une telle intégration faciliterait en fait la réalisation de la cause et du projet de "l'ennemi sioniste" en solutionnant avantageusement "l'épineux problème" des réfugiés (je mets ici des guillemets car de tous les points posant problème celui-ci est l'un des plus stupides à mon sens, j'y reviendrai un autre jour).

C'est stratégiquement bien pensé et logique, d'autant que la reconnaissance même de l'Etat d'Israël a posé (et pose encore) problème.

Mais dans les faits, cela revient à enfermer des populations dans des camps aidés par la Croix Rouge et par une agence de l'ONU (relisez l'extrait) et de s'en laver les mains.

(ii) En réalité, ces populations ne sont pas accueillies car on ne veut pas les intégrer, tout simplement.

Il est très pratique pour un gouvernement tirant (tyran?) sa légitimité démocratique d'élections à la clarté douteuse (quand les élections existent) d'avoir sous la main ce type de minorités officiellement opprimées par un ennemi commun et étranger.

Par exemple : comment comprendre sinon le massacre de Sabra et Chatila dans deux camps palestiniens au Liban par la milice chrétienne libanaise dirigée par Elie Hobeika ? On en a fait porter la responsabilité à Ariel Sharon, coupable de ne pas avoir séparé les deux camps. Plus précisément il a été coupable de ne pas avoir envoyé ses troupes (israéliennes) pour séparer une milice chrétienne (libanaise) massacrant (entre 700 et 3.500 morts selon les sources) des réfugiés (palestiniens).

Certains cyniques pourraient aller jusqu'à comprendre pourquoi Ariel Sharon n'a pas risqué la vie d'un seul de ses hommes (et femmes puisque l'armée israélienne est mixte) dans un tel affrontement (je vous laisse libre d'apprécier mon degré de cynisme sur cette question). Rappelons que cela se passe en 1982 et qu'à l'époque les relations entre ces trois protagonistes étaient autrement plus tendues qu'aujourd'hui (c'est dire...).

Avoir des réfugiés de la sorte sous la main constitue un bon outil politique pouvant servir de défouloir, de bouc émissaire ou pire encore.

Une fois cette donnée intégrée, vous comprendrez une chose importante sur la région qui explique en partie pourquoi Israël s'en sors si bien alors qu'il est entouré d'ennemis, potentiels ou actuels. Les États musulmans/arabes ne forment pas une grande alliance fraternelle et solide contre Israël comme on pourrait/voudrait le penser. C'est un leurre (véhiculé par chacune des parties, par Israël notamment pour fédérer des soutiens à l'étranger sur le thème "nous sommes tout petits et entourés d'ennemis").

La cause palestinienne ne sert que via une instrumentalisation suivant l'humeur du moment dans tous ces pays et d'autres pour canaliser, entre autre, l'islamisme ou l'antisémitisme sur un objet simple à comprendre et extérieur aux frontières concernées. Il est regrettable que le traitement de ces camps dans la presse soit fait sous l'angle de la normalité. On voit pourtant qu'il y aurait beaucoup (plus) à en dire.

Pour conclure, que ceux qui voient ici une attaque en règle de l'un des camps, s'en indignent et voient en moi un fervent défenseur de la cause "sioniste" (avec tout ce qu'implique ces guillemets dans leur bouche), je vous promets un bel article sur les colonies israéliennes dans la bande de Gaza et en Cisjordanie (il en reste quoi qu'on en dise et d'ici à ce que je fasse ce futur article, il y en aura encore plus). Je suis certain que vous ferez meilleur accueil à cet article-là.

Bob

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